Résister par une consommation responsable
un commerce éthique ?les “mauvaises herbes”
Intervention lors du Rassembement pour la Paix
Paris, 25 juin 2008, Parvis des Droits de l’Homme, Trocadéro
Au nom de l’association TierraUNA, je suis venue partager avec vous nos réflexions sur la paix, un rêve qui nous est cher à tous et à toutes.
La question qu’on m’a posée lorsqu’on m’a demandé d’intervenir ce soir est la suivante : En quoi le projet de commerce équitable mené par TierraUNA peut-il contribuer à atteindre la paix dans le monde ?
Pour atteindre la paix dans le monde, nous pensons qu’il convient d’agir sur plusieurs plans. Nous avons choisi d’agir sur le plan économique en nous investissant de manière professionnelle dans un projet ayant comme objectif à long terme de transformer notre société. La transformer car elle est gravement malade et le mode de vie que l’on nous propose n’est pas valable. Il repose sur un modèle économique néfaste, fondé sur le profit immédiat et l’accumulation des richesses par un petit nombre d’individus. De ce fait, il crée des tensions sociales, détruit des cultures, pollue et épuise les ressources naturelles les rendant de plus en plus rares et par conséquent de plus en plus inaccessibles à la plupart des populations.
La Colombie est l’une des scènes sur lesquelles se joue cette triste pièce : les intérêts économiques locaux et étrangers, l’application de politiques économiques inadaptées, appuyées par les gouvernements et par l’OMC, et bien d’autres facteurs qui ne font qu’accroître le fossé entre riches et pauvres sont à la base de son conflit interne. Et certains prétendent arranger les choses en jetant de l’huile sur le feu ! Voilà comment la violence s’autoalimente, les vendeurs d’armes s’enrichissent et les responsables politiques acquiescent. Mais ce sont toujours les innocents qui se retrouvent au milieu des tirs croisés !
Nous sommes persuadés que nous pouvons parvenir à construire une société en paix. Pour cela, il va falloir accorder plus de temps à l’observation et à la réflexion. Observons la nature, observons l’harmonie de ses écosystèmes et retrouvons notre place là dedans. Réfléchissons comme des citoyens à part entière, soyons de plus en plus créatifs ; continuons à nous organiser, à créer des écosystèmes humains où chacun se retrouve ; mettons en pratique au quotidien des valeurs telles que l’éthique, l’équité et la solidarité.
L’éthique dans la production, dans les échanges et dans la consommation doit se traduire par le respect des droits des autres qu’il s’agisse de nos semblables ou d’autres espèces vivantes. L’équité, car elle implique une répartition de la richesse, la plus juste possible de façon à permettre à chacun de vivre dans la dignité. Il est inacceptable, par exemple, que dans les pays riches, l’agriculture intensive bénéficie de subventions et de tarifications privilégiées en matière d’eau douce alors qu’elle est responsable en bonne partie de la dégradation des sols et de l’air. Ces systèmes politiques créent une inégalité dans les échanges, et accroissent également les difficultés des petits producteurs pour l’accès à la terre et au marché dans des conditions favorables.
Ces politiques sont d’autant plus inacceptables qu’un milliard d’habitants n’a pas accès à l’eau et que 25 000 êtres humains meurent chaque jour à cause de la pénurie d’eau.
Puis, la solidarité, car faire ensemble, s’entraider, facilite la tâche collective, nous donne en tant qu’individus l’envie et la force de vivre, l’espoir. Et en tant que collectivité, la solidarité renforce notre tissus social rendant notre vie en communauté plus harmonieuse.
Mais cette solidarité ne doit pas être interprétée comme un acte de charité qui maintiendrait un déséquilibre entre donateur et receveur mais bien un acte de responsabilité qui vise à rééquilibrer la balance des échanges sociaux.
Puis, il ne faut pas oublier la solidarité entre les générations, car ces générations sont nos propres enfants et nos petits enfants. Nous ne pouvons pas continuer à produire, à échanger et à consommer de manière égoïste sans tenir compte de leur avenir. Nous devons voir s’il est vraiment nécessaire d’avoir tout à tout moment ou s’il faut plutôt respecter les rythmes et les cycles de production au lieu de forcer la nature à produire de plus en plus jusqu’à l’épuisement de ses ressources.
Par son projet de commerce équitable, TierraUNA permet aux gens sans grands moyens en Colombie de développer leurs micro-entreprises et vise à leur assurer un revenu leur permettant de vivre dignement et de manière autonome. De leur côté, ils s’engagent à produire de façon responsable, à mettre en pratique ces mêmes valeurs. C’est une goutte d’eau, mais ce sont les gouttes d’eau qui forment les océans. Puis, nous y croyons et nous y tenons car les résultats même s’ils sont petits, ils sont visibles : la première étape du projet se traduit par un espace à Paris dans le 11ème arrondissement. C’est un lieu chaleureux où les échanges ne se réduisent pas seulement à l’achat et à la revente de produits. Nous y échangeons de l’information, des réflexions, des connaissances, des expériences, des valeurs. Il a été crée grâce à la solidarité des personnes qui partagent les mêmes valeurs. Il nous a fallu un soutien financier pour démarrer et nous l’avons eu. Et il se développe grâce à la contribution de petits producteurs colombiens, français, structures françaises et européennes qui nous fournissent des produits, et au soutien des consommateurs responsables. C’est donc le concours des synergies qui a permis de matérialiser un pari où chacun se retrouve.
Le maintien et le développement des filières ainsi créés et la création d’autres, fait partie de la deuxième étape. Nous espérons multiplier les échanges entre ici et là-bas. L’objectif est de stimuler l’économie et de créer des emplois dans les deux pays.
Mais atteindre la paix dans le monde implique aussi une véritable volonté politique pour faire évoluer des processus comme celui dans lequel nous nous sommes investis. Notre travail n’est pas une façade pour cacher des actes purement mercantiles sans intention de changer les choses.
Nous savons que d’autres acteurs économiques n’ont pas ce même regard et que le terme de « commerce équitable » est récupéré par certains pour accroitre leur profit et par d’autres pour en faire un secteur niche en le détournant de son sens et de ses objectifs.
Nous sommes persuadés que notre mode de vie doit changer ; que nos actes quelque soit notre niveau d’intervention doivent être issus d’une réflexion. Nous ne pouvons pas continuer à agir comme des automates manipulés par le marketing et les médias. Nous devons être conscients de notre rôle en tant que citoyens du monde. Car nous n’avons qu’une seule terre, une seule maison pour tous. Et elle est en danger de mort à moins que nous soyons raisonnables.
Paris, 25 juin 2008