Résister par une consommation responsable
un commerce éthique ?les “mauvaises herbes”
Intervention lors du Rassembement pour la Paix
Nous avons un rêve qui doit sûrement être aussi le votre : léguer à nos enfants et à nos petits enfants comme héritage une société plus juste et plus humaine, et une planète propre et riche en ressources naturelles, telle que nous l’avons reçue de nos ancêtres.
L’optimisme étant notre force, nous ne croyons pas à l’impossible. Cette certitude nous a toujours accompagnée, nous a toujours poussés à agir, à avancer dans nos projets. L’espoir est une force intérieure que nous possédons tous et que nous devons garder jusqu’à notre dernier souffle.
Et c’est l’espoir qui nous a menés à prendre la ferme décision de résister à la loi du marché que le modèle économique actuel veut à tout prix nous imposer. Nous avons décidé de résister en jouant notre rôle de citoyens du monde car nous n’avons qu’une Terre et c’est notre maison commune. Nous avons décidé d’assumer notre part de responsabilité parce que nous avons consommé sans trop nous poser des questions.
Maintenant nous sommes très vigilants. Nous réfléchissons au moment de faire nos achats. Nous observons non seulement tout ce qui se passe autour de nous mais aussi bien plus loin. Car nous sommes conscients de l’impacte que nos actes quotidiens ici peuvent provoquer sur notre entourage immédiat et ailleurs.
Nous avons décidé de résister au matraquage publicitaire en optant pour une consommation responsable qui tient compte de la fragilité du vivant et de l’équilibre de notre planète. Nous résistons au consumérisme en mettant dans notre panier de plus en plus des produits issus d’une agriculture biologique et si possible de proximité. Par ce choix nous contribuons au maintien d’un mode de produire respectueux de l’homme et de l’environnement qui nous permet de vivre bien aujourd’hui sans mettre en péril la vie de nos enfants et de nos petits enfants.
Nous n’achetons plus les produits que la société de consommation nous présente au quotidien comme « essentiels » et nous pousse à consommer alors que nous n’en avons pas besoin. Nous ne nous affolons plus lorsque les soldes arrivent. Rien qu’à voir les prix affichés par les grandes enseignes, nous pouvons immédiatement entrevoir ce que ces prix ne nous disent pas : matières premières et main d’œuvre surexploitées, gaspillage des ressources naturelles, pollution, haute consommation d’énergie, émissions importantes de gaz à effet de serre. Nous sommes maintenant en mesure d’évaluer les coûts sociaux, culturels, écologiques et économiques de ce qu’on nous propose comme « pas cher » et qu’en fin de compte nous revient très cher.
Nous résistons également à la tyrannie des marques propre de notre société des « cons forts », basée sur l’avoir et le paraître. Nous savons maintenant que l’effet des marques nous rend esclaves du système et nous divise en créant en nous des fausses illusions de confort et de bien être, en nous faisant paraître meilleur vis-à-vis des autres. Nous faisons le choix de la simplicité, d’être moins égoïstes et d’agir de façon solidaire et la plus cohérente possible.
Nous refusons les produits issus de l’agriculture intensive mécanisée, car ce mode de production au lieu de réduire la faim et la pauvreté dans le monde (comme on veut nous le faire croire) a contribué à les augmenter. En bénéficiant de subventions des Etats et de tarifs forfaitaires en matière d’eau pour l’irrigation intensive, ce mode de production se positionne dans le marché local et global librement tout en proposant des produits dont les prix défient toute concurrence. Les paysans d’ici et d’ailleurs noyés par l’inondation de ces produits « pas chers » qui circulent sans aucun contrôle ont peu à peu laissé tomber leurs cultures vivrières de sorte que dans nos campagnes la biodiversité s’est réduite de façon inquiétante au risque de disparaître.
Ceci entraîne la disparition des paysans dont la main d’œuvre, déjà mal payée, est substituée par des machines migrent vers les grandes villes. En attendant, les problèmes de chômage et de précarité ne font qu’augmenter.
Ce mode de production constitue également une des principales sources de pollution de notre Planète à cause de l’utilisation démesurée et irresponsable d’herbicides, de pesticides, d’engrais chimiques et de toute sorte de produits de synthèse issus de la industrie pétrochimique. Il est aussi responsable de la surexploitation des sols car ne tenant pas compte des cycles naturels de production (saisons, périodes de pluies, régénération du sol) force la terre à produire par des moyens artificiels.
Nous refusons également les produits issus de l’élevage intensif et inhumain, hautement rentable à court terme grâce à l’utilisation d’hormones qui accélèrent le développement de la vie des animaux sans tenir compte de l'impact que ce mode de production a sur les consommateurs et sur notre planète (gaz à effet de serre, déforestation). Nous réduisons de plus en plus notre consommation de viande rouge en la remplaçant par d’autres aliments riches en protéine, si possible d’origine végétale et, bien évidemment, sans OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). Nous réduisons également notre consommation de poisson issu de la pêche industrielle qui vide nos océans de leur biodiversité et enlève à son passage les ressources des populations côtières locales. Il n’est pas normal que ces populations, autrefois bénéficiaires directes des produits des océans, soient obligées aujourd’hui de consommer du poisson d’élevage tandis que les ressources de la mer sont exportées vers les pays riches.
Il y aura parmi vous ceux qui se diront que prendre une telle décision implique avoir beaucoup d’argent. Détrompez-vous, nous gagnons le SMIC comme la majorité des travailleurs et nous payons un loyer. Si vous avez bien fait le calcul, après avoir enlevé le montant du loyer, la moitié du titre de transport, l’électricité et les autres charges fixes mensuelles, il ne nous reste qu’une petite somme avec laquelle nous devons nous nourrir pendant un mois. Nous sommes d’accord avec vous que cette somme ne nous suffit pas pour vivre de façon convenable. Cela dit, nous ne sommes pas conformistes, mais pour le moment nous n’avons pas le choix.
Pour concilier nos besoins nutritionnels avec nos responsabilités citoyennes, nous sommes devenus très sélectifs. Nous consommons un tiers de ce que nous consommions avant. En revanche nous privilégions la qualité en termes de valeur ajoutée (santé, équité, respect de l’environnement). Actuellement notre nourriture est équilibrée, adaptée aux besoins nutritionnels de notre organisme et aux cycles de production de la Terre. Nous privilégions les fruits et légumes de saison et de proximité, dans la mesure du possible distribués par les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) ou par les associations qui font le relais entre les petits agriculteurs et les consommateurs (Les paniers du Val de Loire en sont un exemple).
C’est un privilège de pouvoir accéder aux produits bons, sains, frais et cultivés ou transformés dans la dignité humaine et dans le respect de l’environnement. Nous vous assurons qu’il n’y a pas mieux. Car dans ces produits il y a un parfum, il y a un goût, il n’y a pas d’herbicides, ni de pesticides ni d’engrais chimiques. Puis, par l’achat de ces produits, nous contribuons à renforcer les liens entre les producteurs et leurs terres, entre les producteurs et les consommateurs et, par conséquent, entre les consommateurs et la Terre, des liens précieux que pour des multiples raisons nous sommes en train de perdre alors qu’ils nous sont indispensables si nous voulons assurer notre propre survie.
Nous vous invitons à changer vos habitudes, à résister par la consommation responsable. Nous sommes convaincus que nous pouvons tous résister au productivisme et au consumérisme, que nous pouvons tous devenir moins égoïstes et faire des choix qui contribuent à faire avancer notre société de façon solidaire et durable. Vivre sans voiture, par exemple, là où le transport en commun est assuré n’est pas une calamité. Avoir une ligne téléphonique fixe pour toute la famille a aussi été possible, pourquoi pas aujourd’hui ? Un enfant a-t-il vraiment besoin d’un téléphone portable ? L’impact de son utilisation massive et excessive sur l’humain et sur l’environnement est-t-il pris au sérieux par les organismes de contrôle sachant que ça rapporte bien à ceux qui détiennent le monopole des communications mobiles? Ceux-ci ne sont que deux exemples. Mais il est pertinent de se poser ce type des questions au quotidien car des besoins créés il en aura de plus en plus dans notre société, et ils feront exploser notre budget familial. Nous sommes persuadés que nous sommes tous en mesure de réfléchir sur la pertinence ou la nécessité absolue de tout un tas de produits inutiles qui nous sont proposés voire imposés.
De plus, nous avons non seulement la possibilité de choisir nos produits mais aussi les distributeurs. Si nous prenons en compte uniquement le côté pratique et le prix affiché comme seuls critères d’achat, nous ne ferons que favoriser un développement dangereux (et nous le voyons aujourd’hui) qui ne satisfait pas nos besoins essentiels mais qui en plus ne garantit aucun avenir à l’humanité.
Si, au contraire, nous prenons le temps de réfléchir et nous faisons l’effort de nous déplacer jusqu’aux petits magasins alternatifs dont les commerçants ont fait le pari des échanges commerciaux responsables, proches de l’humain et de la nature, nous contribuerons à renforcer le lien social dans nos quartiers, à redynamiser l’économie dans nos villes ou dans nos régions, à créer de l’emploi, à renforcer la cohésion sociale.
Enfin, par nos choix responsables, nous pouvons faire avancer des projets dans lesquels producteurs, commerçants et consommateurs trouvent leur compte : les projets où l’homme et la planète sont la priorité. Car la richesse ne s’accumule pas dans les mains de certains mais elle se redistribue de manière la plus équitable possible entre tous ceux qui ont participé de sa création. Il ne s’agit plus d’actes caritatifs qui n’ont fait qu’entretenir la pauvreté et la dépendance des populations, mais d’actes responsables, citoyens.
Nous savons aujourd’hui qu’il y a trop de richesse dans le mode, trop d’argent mais peu sont ceux qui y accèdent. Nous savons aussi qu’il ne s’agit pas seulement d’augmenter notre pouvoir d’achat, de travailler plus pour gagner plus, mais de penser aux autres, d’être plus solidaires, d’être capables de partager.
Nous croyons que nous pouvons encore nous rattraper et être à la hauteur pour assurer un avenir digne à nos enfants et à nos petits enfants. Il n’est jamais trop tard, et nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Partout dans le monde il y a des individus, des associations, des mouvements, des collectivités qui travaillent sur la même voie, qui résistent par le choix d’une production et d’une consommation responsables, et des échanges équitables.
Par Lucia AMADO